Janvier, Février, Mars, Avril, Mai, Juin, Juillet, Août et
déjà presque la mi-septembre.
Huit mois et demi, 254 jours sans eux. Hervé et Stéphane. Deux gars, deux potes, deux confrères, deux fils. On ne les oublie pas ? On ne les oublie pas. Mais comment ne pas s’étonner, être gênés, comme un malaise diffus, une impression qu’ils ne sont pas tous logés à la même enseigne, ces Français portés disparus, pris en otage ou évanouis dans la nature. Il y a ceux dont on parle et ceux qu’on oublie.
Hervé, Stéphane... Non, non, pardon... « Nous ne les oublions pas », c’est la formule consacrée. Il y a ceux qui font bien au 20h, et ceux dont le nom ne vous dit plus rien.
Qui se soucie, encore aujourd’hui, hormis ses proches, du journaliste Guy-André Kieffer, disparu en Côte d’Ivoire le 16 avril 2004, alors qu’il enquêtait sur les liens entre le pouvoir et la filière du cacao dans ce pays ? Six ans sans lui et une promesse de Nicolas Sarkozy, en 2007 d’en faire « une priorité ». Une enquête, des soupçons d’enlèvement et d’assassinat, mais qui s’en soucie vraiment ? Qui se souvient de Fred Nerac, lui aussi journaliste, disparu en Irak en 2003, deux jours après le début de l’offensive des forces américaines et de leurs alliés.
Sa famille attend encore, encore, encore…
Sept ans sans savoir, sept ans sans Marc Beltra non plus. Etudiant, Marc a disparu à la frontière entre la Colombie et le Brésil en 2003. Il avait 23 ans la dernière fois qu’on l’a vu. Marc Beltra, un Français, un autre Français, disparu en Colombie, dont presque personne ne parle jamais. L’a-t-on vraiment cherché ?
Janvier, Février, Mars, Avril, Mai, Juin, Juillet, Août et déjà presque la mi-septembre… pas un jour sans une pensée pour eux, cœur serré. L’inquiétude, pour deux professionnels partis faire leur métier. Un idéal, la raison pour laquelle, tous, on s’engage. Journaliste. Rapporter de loin, d’ailleurs, une vérité qui dérange. Confronter les points de vue, prendre du recul, perspective, donner la parole à tous les protagonistes. Journaliste. Pas un métier qu’on fait pour plaire à ses parents, mais une vocation, un choix.
Deux professionnels, ni inconscients, ni têtes brulées.
Colère, à entendre leur mise en cause, encore captifs et alors que leur vie est
menacée. Ceux qui en sont revenus, ex-otages, répètent pourtant à l’envie que
ce qui les faisait tenir alors, c’étaient les bribes de la vie d’ici, leur
parvenant là-bas : échos d’une mobilisation, témoignages, messages, paroles
nomades, syllabes d’amour et soutien disséminés de médias en médias. On espère
qu’Hervé et Stéphane n’ont pas entendu, de l’endroit où ils sont, déplorer le
coût des opérations menées pour les retrouver, la prétendue « désinvolture »
dont ils auraient fait preuve, ni souligner les « comptes » qu’ils auraient à
rendre en rentrant au pays.
254 jours sans eux. 254 jours de trop. Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier. On ne les oublie pas.
Audrey Pulvar, France Inter, jeudi 9 septembre (A rebrouse poil, 6h13-6h15)
è Sur Guy-André Kieffer, qui habitait le 20e arrondissement, le site de soutien, et bien entendu la rubrique “Affaire Kieffer”, sur le blogue “Ménilmontant, mais oui madame…”.
è Sur Fred Nérac, un discours de RDdV
è Sur Marc Beltra, ancien élève de la SI espagnole de Balzac, qui habitait le 11e arrondissement
de Paris, un vœu de Patrick Bloche
è Sur Hervé et Stéphane,
le site de
soutien
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